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Le vin en France est-il en crise ? S’agit-il d’une crise durable ? Quel avenir pour nos terroirs dans la mondialisation ?...
Alimentation en débat : les Chroniques « Les petits plats dans les grands » de la Mission Agrobiosciences.
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Une Chronique “Les petits plats dans les grands” conduite par François Delpla, Mission Agrobiosciences, suivie d’un entretien avec Jean Paul Azam, professeur d’économie à Toulouse, et Robert Plageole, viticulteur en vins de Gaillac. Réalisé le 8 Janvier 2007 dans le cadre de l’émission le Plateau du J’GO.

L’Introduction

Au cours du 19ème siècle et durant la première moitié du 20ème siècle, la viticulture française a traversé de nombreuses crises. Des crises endogènes, oïdium, phylloxera, mildiou, black-rot, et des crises exogènes, notamment les deux guerres mondiales. Toutefois, une fois la crise passée, la consommation individuelle de vin qui avait baissé, on le comprend, remontait aussitôt. Ainsi de 1800 à 1950, la consommation de vin en France a largement progressé. Mais, depuis 1965, on assiste a une baisse régulière de la consommation et, ce, en l’absence de crise majeure susceptible de l’expliquer.
Au début des années 60, chaque Français consommait en moyenne 100 litres de vin par an. Ce chiffre était tombé à 56 litres en 2002. En 1980, les consommateurs réguliers représentaient 60% des consommateurs, ils ne sont plus qu’un tiers en 2005.
Le vin n’est plus la boisson d’accompagnement des repas, il devient un produit festif et convivial.
Au niveau mondial, la consommation a baissé d’un tiers entre 1980 et 1995, passant de 300 millions d’hectolitres à 215. Depuis, elle remonte lentement pour s’établir a 235 millions d’hectolitres en 2004. Elle a fortement baissé dans les pays traditionnellement producteurs (France, Espagne, Italie, etc...) et augmenté dans les autres.
La concurrence internationale progresse. En effet, un quart des volumes consommés en exportation proviennent des pays du Nouveau monde, alors qu’ils ne représentaient quasiment rien en 1980.
Alors, face a ce bouleversement,le vin en France est-il en crise ? S’agit-il d’une crise durable ? Quel avenir pour nos terroirs dans la mondialisation ?

 

L’Entretien Avec Jean Paul Azam, professeur d’économie à Toulouse, et Robert Plageole, viticulteur en vins de Gaillac.

François Delpla Comment vivez-vous cette nouvelle crise ?

Robert Plageole C’est une crise qui, je l’espère, sera passagère mais qui est, aussi, due aux vignerons. Le vigneron est quelqu’un qui est habitué à travailler d’une certaine manière, qui est complètement encadré par une administration pointilleuse, de plus en plus tatillonne. Il est coincé dans ce système et il se deamnde ce qu’il va lui arriver s’il innove. Il va pourtant bien falloir que les vignerons français innovent. Comment ? C’est assez simple : il faut changer de cap, mais forcément de manière technologique. Un exemple : nous nous trouvons avec des vins aux degrés de plus en plus élevés, parce que les vignerons se sont laissés aller à cette climatologie de plus en plus chaude qu’ils ne maîtrisent pas et qui va les conduire à des vins titrant 12, 13, 14, 15 voire 16 degrés. Et face à ça, le problème de la lutte anti-alcoolique. Donc le vigneron français est tétanisé, d’autant que l’on a diabolisé le vin, que tout s’est précipité sur lui et il se demande comment il va bien pouvoir faire pour s’en tirer.
J’ai quelques idées que j’ai exprimées dans un livre (1) que j’ai écrit avec Fernand Cousteaux, bien connu ici, sur l’histoire des vins de Gaillac, et dans un autre ouvrage (2), qui est sans doute un bouquin d’avenir, car je pense que le monde qui nous entoure ne détient pas le pouvoir économique absolu, le pouvoir technique absolu, ni le pouvoir du vin absolu. Nous, les Français qui avons traversé de nombreuses crises, nous devrions nous en tirer. Et c’est en celà que je suis optimiste.

François Delpla Comment allons-nous nous situer dans le contexte de cette compétition internationale sur le marché du vin ?

Jean-Paul Azam. Ce qui est clair, c’est que l’on a un marché très fluctuant. On avait une crise viticole quotidienne, au cours de ces dernières années, l’Union Européenne a mis en place un système de lutte contre les capacités excédentaires, et puis, il y a une ou deux semaines sur Internet, on se rend compte que les exportations de vins ont extraordinairement augmenté : pour le bordelais 27,2% en valeur, pour le Champagne, 16,2 % etc. Qu’est-ce que cela veut dire ?
On a du mal à comprendre, dans les instances qui interviennent sur le marché du vin, que ce n’est pas une crise structurelle du marché du vin mais un marché qui devient de plus en plus fluctuant, de plus en plus concurrentiel, de plus en plus compétitif... Et si on veut y intervenir, peut-être vaut-il mieux trouver des mécanismes de protection des individus que simplement arracher, car l’arrachage est irréversible, alors qu’il s’agit d’une crise qui ne va durer que quelques mois.
Face aux risques, qui émergent avec des fluctuations violentes de marché, la réponse de n’importe quel marché, de n’importe quelle économie, c’est la diversification pour diversifier... les risques, pour être moins affecté. Qu’est-ce que la diversification dans le vin ?
Un même vigneron va pouvoir faire un blanc effervescent, un vin blanc doux, un rouge... car à un certain moment le rouge marche, puis le blanc à un autre moment. Actuellement, dans le Gaillacois, la méthode traditionnelle, la bulle gaillacoise, dont Robert est un des créateurs, fonctionne très bien. En revanche, des produits qui se vendaient très bien il y a quelques années ne font plus recette. Pourquoi ? Fluctuation des goûts des consommateurs... Par la diversification, par la personnalisation des produits, beaucoup de producteurs s’en sortent très bien. Certains jeunes producteurs manquent de capacités. Dommage, car s’ils avaient davantage de vin, ils le vendraient. Pour résumer, face à un marché de plus en plus concurrentiel et fluctuant, la réponse n’est pas forcément structurelle - de type on arrache et puis on replante-, mais dans une réponse graduée des producteurs. Il faut faire confiance aux producteurs, leur donner la possibilité d’innover et supprimer cette espèce de tétanisation dont parlait Robert pour que, précisément, la méthode gaillacoise, qui date du Moyen Age, ait à nouveau sa place sur le marché, bien que cette innovation n’ait pas été approuvée au départ. Des jeunes abandonnent le Coca-Cola pour boire de la méthode gaillacoise !

François Delpla La politique des terroirs et des AOC, est-elle une arme ou un frein dans ce contexte ?

Robert Plageole C’est simple : dans certains régions viticoles, 90% des terroirs sont morts. Depuis des décennies, on emploie des désherbants et d’autres produits extrêmement dangereux, à la fois pour la vigne et pour le terroir. Il va falloir se retrousser les manches et se mettre à “bosser” autrement, penser autrement. Je suis d’ailleurs ravi que l’Europe ait un programme qui va en ce sens, parce que celà fait des lustres que certains utilisent ces produits qui ont complètement dénaturés les terroirs. Alors, parler des terroirs c’est très bien, mais encore faut-il parler des vrais terroirs, de ceux revenus à l’état normal. Et pour faire revenir un terroir à l’état normal, il faut au minimun 15 ans. Voilà pour le premier point. Le deuxième point concerne les cépages. Nous, à Gaillac, nous avons copié les autres. Moi, je fais partie de ceux qui ne les ont pas copiés. Nous sommes un pays de singes et de perroquets, alors on imite l’autre, parce que cela se vend bien : des cépages comme des merlots, des cabernets, des gamays, une quinzaine à peu près que tout le monde connaît, qui se sont mondialisés. Que va-t-il se passer ? On va produire des merlots à l’autre bout de la planète à des prix défiant toute concurrence et des vins extrêmement technologiques et nous, qui sommes les pères du merlot, nous allons nous retrouver sacrifiés sur cet autel-là... Il ne nous restera plus alors qu’à revenir à ce qu’était la France : un pays avec des vins sains, des terroirs sains et la possibilité de se battre sur la question de la santé, en expliquant ce que sont les composants de nos vins. J’aimerais savoir aujourd’hui quel vigneron signe un chèque en blanc à des laboratoires d’analyses en disant : “Analysez mon vin, que je sache si ses résidus contiennent des produits toxiques.” Il faudra peut être arriver à ce comportement car sinon la France ne mériterait pas d’être un des pays au monde les plus riches en matière viticole, riche de variétés, riche de qualité, riche d’originalité.

François Delpla Nous ne consommons pas tous nos produits, donc nous exportons, mais les nouveaux pays consommateurs ont plutôt tendance à consommer, eux, des cépages plutôt que des vins d’appellation ou autre. Comment peut-on agir dans ce sens ?

Jean-Paul Azam C’est un sujet extêmement important et on voit une évolution. On a développé très longtemps un message terroir, avec une conception étroite du terroir, et les grands gourous du marché mondial du vin on dit : “On n’en a rien à faire. Si on prend vos cépages, on fait la même chose que vous.” Or, ils n’ont pas fait la même chose. Ils ont fait un autre produit, globalisé, avec des cépages de chez nous, au départ, et puis un produit qui a évolué au cours du temps. A l’heure actuelle si on veut vendre du vin sur la planète, il faut qu’il ait 40 % de cabernet sauvignon, 40 % de merlot, 20 % de cépage local, et une année en barrique de fût de chêne. Et, là, quoi que ce soit, vous avez toujours le même goût et ça se vend très fort ! Il y a quelques années c’étaient la mode des cépages purs, et puis le marché a commencé à travailler sur les assemblages. Alors que faut-il faire ?
Je vais continuer sur l’idée de la diversification des produits comme une stratégie commerciale, une stratégie agressive de compétitivité. Il s’agit de se dire que face à la concurrence et à des vins qui tous identiques et moins chers, on n’arrivera pas à gagner la bataille si on cherche à produire les mêmes vins, moins cher. Forcément nous serons plus chers. On va gagner avec des produits fabriqués sur des terrains sains, comme le disait Robert. Mais au-delà de cette idée, il y a un point central : cette notion de terroir a été trop simplifiée. On a conçu le terroir comme étant la terre, mais ce n’est pas ça le terroir ! Le terroir ce sont des gens, pas qu’un vigneron. Le terroir, c’est toute une communauté dans la région de Gaillac, dont je suis, moi aussi, originaire. Ce qui est clair, c’est que nous avons une communauté qui vit avec une culture du vin, une mémoire du vin. Les consommateurs boivent un certain type de vin et c’est toute une culture qui se transmet de génération en génération et dans le respect de cette culture-là. Je pense précisément que des “terroirs”, au sens plein du terme, peuvent trouver leur place dans un marché globalisé et s’en sortir très bien. Comme je l’ai déjà dit, dans le territoire de Gaillac, il y a des gens qui vendraient davantage s’ils en avaient davantage. C’est cette idée de produit qualitativement différent qui est la clef de la solution.

(1)Le vin de Gaillac, 2000 ans d’histoire, Ed. Privat, 2001
(2) Saga des cépages gaillacois et tarnais en 2000 ans d’histoire, Ed. Rocher, 2006

Cette Chronique « Le vin en France est-il en crise ? S’agit-il d’une crise durable ? Quel avenir pour nos terroirs dans la mondialisation ?... » est une des séquences de l’émission du 8 Janvier 2007. Accéder à l’Intégrale de cette émission-. Le Plateau du J’GO est co-organisé par la Mission Agrobiosciences, le Restaurant du J’GO et Radio Mon Païs.

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