prsentation contacts partenaires abonnez-vous à la lettre électronique Retour  l'Accueil
Loading
"Ça ne mange pas de pain !"
Salon International de la Qualité Alimentaire (SISQA)
Publications
Les recettes de Fernand Cousteaux
En collaboration
Nos sélections
Perturbateurs endocriniens : le bruit du silence  
Modèle productiviste : ces agriculteurs qui sortent du rang 
To be or not to be… an OGM ? 
    Abonnez-vous à notre flux RSS  
Vient de paraître dans le cadre de "ça ne mange pas pain", septembre 2010.
L’obésité sous pression (interview originale)
Une interview de Jean-Pierre Poulain, sociologue et anthropologue, professeur à l’Université Toulouse-Le-Mirail.

En juin 2010, la Mission Agrobiosciences se penchait, dans le cadre de son émission radiophonique mensuelle "Ça ne mange pas de pain !" sur les lignes de fractures qui traversent l’alimentation.
En la matière, s’il est une tension on ne peut plus visible, c’est celle qui oppose les "trop gros" aux "normaux", comprenez aux quasi-maigres... L’obésité, le mot ne cesse en effet d’enfler à la Une de l’actualité jusqu’à, dernièrement, les obstacles rencontrés pour être incinéré !
Sous le titre « Sociologie de l’obésité », le livre de Jean-Pierre Poulain, récemment paru aux PUF, jette une lumière nouvelle sur la médicalisation et la montée de cette préoccupation en mettant en cause un certain nombre de fausses évidences.

 

Mission Agrobiosciences : A partir de quand nos sociétés ont-elles cessé de valoriser le corps gros ?
Jean-Pierre Poulain : Il y a bien un moment de l’histoire où, effectivement, le corps gros est passé d’un regard plutôt valorisant à une déconsidération. Mais en fin de compte, il faudrait plutôt comprendre ce phénomène comme le déplacement d’un seuil de sensibilité : quelles que soient les époques, il y a toujours une taille au-delà de laquelle la corpulence n’est plus considérée positivement. Or ce seuil s’est abaissé. Aujourd’hui, cette frontière entre le « comme il faut » et le « trop gros » est descendue très bas, révélant des corpulences qui, jusque là, passaient inaperçues et n’étaient pas problématiques.
Trois dimensions articulent cela : le jugement moral, les arguments esthétiques et les arguments sanitaires. Selon les époques, cette combinaison change. Concernant le jugement moral, le « trop gros » est souvent considéré comme celui qui mange plus que sa part. Ajoutez-y, en arrière-plan, les rapports Nord-Sud, et ce jugement devient très négatif.
Parallèlement, le discours sanitaire a changé et s’est aujourd’hui considérablement durci. Quant aux modèles corporels, est-il nécessaire de rappeler le règne actuel de l’esthétique de la minceur ?
Pour résumer, nous connaissons aujourd’hui la convergence d’une condamnation morale, d’une condamnation médicale et d’une condamnation esthétique.

Cela dit, vous écrivez que la notion d’obésité ne fait pas l’objet d’un consensus scientifique établi dans le discours médical. Déjà, les méthodes utilisées pour mesurer l’obésité ne cessent de varier. Le dernier en date, l’Indice de masse corporel (IMC), ne fait pas l’unanimité. Mais vous y ajoutez bien d’autres dissonances que l’on n’a guère l’occasion d’entendre...
JPP : Pour commencer, rappelons une réalité : l’obésité est un vrai problème qui commence également à apparaître dans les sociétés en développement. Mais ce que je pointe, c’est sa dramatisation et les formes exorbitantes de la mobilisation médiatique et politique qu’elle suscite. Quant aux controverses, l’exemple de l’IMC est parlant. En 1998, un groupe de travail de l’OMS, l’International Obesity Taskforce, a décidé, au vu d’un certain nombre d’arguments scientifiques, dont celui d’un éventuel risque accru de diabète lié à la corpulence, de déplacer la frontière qui sépare le poids normal du surpoids. Jusque là, l’IMC différait selon que vous étiez une femme ou un homme : l’ « excès de poids » commençait à partir de 27,6 pour les hommes et de 27,3 pour les femmes. Tout d’un coup, cette limite est abaissée à 25, sans distinction de sexe. Un « coup de force » qui fait qu’en une nuit, 35 millions d’Américains deviennent en surpoids !
Cela durcit la question de la corpulence. D’autant qu’un pas suivant est franchi quand obésité et surpoids vont être agrégés. Pourquoi les confondre et les additionner ? A priori, grossir les chiffres permet de mieux alerter, dans un premier temps, les pouvoirs publics et les médias. C’est là dessus que le discours sur l’épidémie mondiale d’obésité s’est articulée, car la part des individus obèses est, par ce jeu de seuil et d’agrégat, devenue dramatique.
Puis une nouvelle controverse est apparue, autour de l’impact de l’obésité sur la mortalité. Or, si l’obésité est en effet un facteur de risque, on n’en meurt pas directement : on meurt de maladies associées à l’obésité. Mais le discours là aussi s’est durci : elle est devenue une maladie qui tue… Sur ce point, deux grands modèles s’affrontent. Le premier considère que le surpoids est un facteur de risque, ce qui légitime l’agrégation surpoids-obésité. Le second défend au contraire l’idée qu’après 50 ans, le surpoids peut devenir un facteur de longévité.

On n’entend jamais parler de cette hypothèse sur les effets positifs…
JPP : Les Américains en ont parlé. C’est vrai qu’en France, cela fait moins recette. Prenons acte qu’il y a là un affrontement théorique. Pourquoi cette controverse est-elle intéressante ? Parce que justement, elle risque de valider ou d’invalider la pertinence d’agréger surpoids et obésité. Pour le moment, la voix de Katherine Flégal qui, en 2005, a publié l’étude selon laquelle un léger surpoids, passée la cinquantaine, pouvait se révéler bénéfique, 50 ans est plutôt un facteur de longévité, est considérée comme crédible. Sa position paraît solide.
Dernier exemple de controverses : l’obésité de l’enfant. Là aussi, surpoids et obésité ont été « confondus ». Un biais destiné à sensibiliser l’opinion, à alerter les parents. Des pédiatres se sont élevés contre cette manipulation des chiffres.

Fallait-il vraiment en passer par ces exagérations pour que les politiques s’emparent du problème ?
JPP : Je pense qu’on assiste principalement à des effets de système. Je m’explique. Lorsque l’obésité apparaît, d’un côté ceux qui ont en charge de la mesurer et d’alerter ont tendance effectivement à « gonfler un peu les muscles » pour se faire entendre et, de l’autre, les acteurs de la prévention et de l’éducation ont tendance au contraire à rassurer sur les solutions, les remèdes. Il y a à la fois exagération du risque et surévaluation de la capacité à le traiter.
Cet effet de système facilite la mise à l’agenda politique, c’est-à-dire la prise en charge de la question par la sphère politique via des débats, des programmes d’action, des décisions… ; Une politisation qui elle-même, favorise la médiatisation. Mieux, la société va y être particulièrement sensible. Voilà un sujet qui intéresse tout le monde. Des émissions en prime time lui sont consacré –vous remarquerez que ce n’est pas le cas pour le cancer du sein et autres pathologies – parce que cela renvoie à un imaginaire contemporain, qui associe des considérations morales sur la maîtrise de soi, l’esthétique corporelle et la médicalisation.

Tout cela implique un discours de culpabilité…

JPP : Oui. Dès les années 70, quelques psychanalystes nous alertent en indiquant que la culpabilité était en train de changer de front, passant de la sexualité à l’alimentation. Parallèlement, l’héroïsme a vu ses lignes se déplacer. Le plus beau compliment que l’on puisse faire aujourd’hui à une femme, c’est de lui dire : « Ma chérie, comme tu as maigri ».

Mais ne sent-on pas poindre une revanche des « gros » ? Dernièrement, une émission de variété a ainsi mis en avant une jeune femme très ronde qui a emporté la compétition, portée par une sorte de revanche populaire vis-à-vis des diktats de la maigreur.
JPP : J’ai quand même le sentiment qu’il y a énormément de souffrance du côté des gens qui sont frappés ou touchés par la question de l’obésité. S’il y a un front sur lequel il faut travailler, c’est la lutte contre la stigmatisation. Il faut mettre en évidence la discrimination et démonter cette construction sociale pour mieux venir en aide aux sujets obèses. Car leur stigmatisation est probablement un des leviers de l’entrée en obésité. Je m’explique : Un certain nombre de personnes font des régimes. Je ne suis pas de ceux qui pensent que le régime conduit automatiquement à des problèmes ; certains le gèrent très bien. Mais il y a une partie de la population qui, -sans qu’on sache trop pourquoi ce qui constitue un véritable objet de recherche - , lorsqu’ils entament un régime restrictif, se mettent dans un cycle infernal, le fameux effet yo-yo, conduisant dans certains cas à l’obésité. A l’origine de ce processus, il y a cette intensité du désir de mincir dans une société qui a exacerbé les modèles en tirant l’esthétique corporelle vers le plus maigre.

Chronique Grain de sel de l’émission de juin 2010 de "ça ne mange pas de pain !" : Obésité, Halal, street-food : sous le régime de la séparation ?".
Retrouvez les autres entretiens menés lors cette émission :
- Halal : fausses polémiques ou vrais syptômes ?. Une interview de Florence Bergeaud-Blackler, sociologue, Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (CNRS), par Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences.
- "Les jeunes et la street food : des ados complètement à la rue ?". Une interview de Marie-Pierre Julien, ethnologue, laboratoire Cultures et sociétés en Europe (CNRS Université de Strasbourg). Par Lucie Gillot, Mission Agrobiosciences.

« Sociologie de l’obésité » de Jean-Pierre Poulain, publié aux PUF en 2009. Lire la présentation de l’ouvrage sur le site du CERTOP

Sur l’obésité, on peut lire également sur le magazine web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement) :
- Un mot lourd de sens. Une chronique de Valérie Péan, Mission Agrobiosciences.
- Pourra-t-on nous protéger de l’obésité ? Avancées et limites des recherches. L’intervention de Max Lafontan, directeur de recherches à l’Inserm, à l’Unité de recherche sur les obésités (Inserm-UPS 586, Hôpital Rangueil, Toulouse). Dans le cadre de la séance décentralisée du CNA "Aux bons soins de l’alimentation". (Télécharger les Actes)
- La politique nutritionnelle en balance : des bienfaits aux excès. La restitution de la Conversation de Midi-Pyrénées.
- L’obésité, une menace pour l’environnement ?. Revue de presse de la Mission Agrobiosciences. Avril 2009. Et la réaction d’Annie Hubert : Santé et Environnement : "On risque de voir les représentations de l’obésité se transformer".
- Hygiénisme, c’est du propre.... Une chronique de Valérie Péan, Mission Agrobiosciences.

"Ça ne mange pas de pain !" (anciennement le Plateau du J’Go) est une émission mensuelle organisée par la Mission Agrobiosciences pour ré-éclairer les nouveaux enjeux Alimentation-Société. Enregistrée dans le studio de Radio Mon Païs (90.1), elle est diffusée sur ses ondes les 3ème mardi (19h00-20h00) et mercredi (13h-14h) de chaque mois. L’émission peut aussi être écoutée par podcast à ces mêmes dates et heures. Pour En savoir plus....

A l’issue de chaque émission, le magazine Web de la Mission Agrobiosciences édite l’Intégrale, une publication d’une dizaine de pages, téléchargeable gratuitement. Retrouvez Toutes les Intégrales de "Ça ne mange pas de pain !" mais aussi toutes les chroniques et tables rondes.

Accéder à toutes les Publications : Alimentation et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’alimentation. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications « l’Alimentation en question dans "Ça ne mange pas de pain !" (anciennement "Le Plateau du J’Go"). Les actes de l’émission de la Mission Agrobiosciences sur l’actualité de Alimentation-Société diffusée sur Radio Mon Païs (90.1), les 3ème mardi (17h30-18h30) et mercredi (13h-14h) de chaque mois. Revues de presse et des livres, interviews et tables rondes avec des économistes, des agronomes, des toxicologues, des historiens... mais aussi des producteurs et des cuisiniers. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes les publications : Agriculture et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’agriculture. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à tous les Entretiens et Publications : "OGM et Progrès en Débat" Des points de vue transdisciplinaires... pour contribuer au débat démocratique. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications : Sur le bien-être animal et les relations entre l’homme et l’animal Pour mieux comprendre le sens du terme bien-être animal et décrypter les nouveaux enjeux des relations entre l’homme et l’animal. Avec les points de vue de Robert Dantzer, Jocelyne Porcher, François Lachapelle... Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes les Publications : "Sciences-Société-Décision Publique"de la Conversation de Midi-Pyrénées. Une expérience pilote d’échanges transdisciplinaires pour éclairer et mieux raisonner, par l’échange, les situations de blocages « Science et Société » et contribuer à l’éclairage de la décision publique. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les Publications : Science et Lycéens.
Les cahiers de l’Université des Lycéens, moment de rencontres entre des chercheurs de haut niveau, des lycéens et leurs enseignants. Des publications pédagogiques, agrémentées d’images et de références pour aller plus loin, qui retracent la conférence du chercheur et les questions des lycéens.
Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes les Publications : L’agriculture et les bioénergies. Depuis 2005, nos articles, synthèses de débats, revues de presse, sélections d’ouvrages et de dossiers concernant les biocarburants, les agromatériaux, la chimie verte ou encore l’épuisement des ressources fossiles... Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes publications Histoires de... »- Histoire de plantes (gui, luzerne, betterave..), de races animales, de produits (foie gras, gariguette...) pour découvrir leur origine humaine et technique et donc mieux saisir ces objets. Editées par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications. Sur l’eau et ses enjeux. De la simple goutte perlant au robinet aux projets de grands barrages, d’irrigations en terres sèches... les turbulences scientifiques, techniques, médiatiques et politiques du précieux liquide. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications Produits de terroir, appellations d’origine et indications géographiques. Pour tout savoir de l’avenir de ces produits, saisir les enjeux et les marges de manoeuvre possibles dans le cadre de la globalisation des marchés et des négociations au plan international. Mais aussi des repères sur les différents labels et appellations existants. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder aux Carnets de Voyages de Jean-Claude Flamant. De Budapest à Alger, en passant par la Turquie ou Saratov en Russie, le regard singulier d’un chercheur buissonnier en quête de sens. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

ACCEDER A LA TOTALITE DE LA REVUE DE PRESSE DE LA MISSION AGROBIOSCIENCES

 

 

Dans cette rubrique

Huile de palme et Nutella, ces débats qui font tâche...
Alimentation et société. Glanage : quand les glaneurs se passent de blé (chronique originale)
Alimentation et société. "Jardins ouvriers, familiaux, collectifs. Ces mots qui prennent racine" (interview originale)
Nutrition du bétail : faut-il tout envoyer paître ? (interview originale)
L’innovation s’accroche aux branches (interview originale)
Quand les plantes s’acclimatent (entretien original)
L’épicerie mozabite (chronique originale)
Aux tables de la frugalité (entretien original)
La frugalité pour nouvelle religion ? (entretien original)
Les scouts sont de grands sportifs ! (chronique originale)
La sobriété heureuse ou comment rester sur sa soif ? (entretien original)

Les contre-performances des boissons énergisantes (interview originale)


Nutrition et activité physique : on ne joue pas tous dans la même catégorie (entretien original)
Les athlètes de l’Antiquité à nos jours : Les champions de la grande bouffe. (chronique originale)
Alimentation-santé : quand Bleu Blanc Cœur veille aux grains (interview originale)

   
   
© 2004-2007 Nuances-du-sud.fr