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Note de lecture : « Éthique des relations homme/animal. Pour une juste mesure ».
Éditions France Agricole, 2015.

Cet ouvrage est issu des travaux d’un groupe de réflexion de 22 personnes qui comprenait des membres des Académies d’agriculture et vétérinaire de France. Il analyse les relations homme/animal en étant le plus représentatif possible, des animaux de compagnie à l’expérimentation animale en passant par l’élevage et la chasse, afin d’en définir une éthique. Il « ne prétend nullement exprimer une position officielle de ces deux académies » et affirme même qu’il « est impossible d’imposer une réponse de par son objectivité ». Il se contente de mettre en avant diverses sensibilités pour produire in fine des propos mesurés et a le mérite d’apporter un regard complet sur la question de l’éthique. En effet, les opinions les plus courantes sont prises en compte dans une recherche d’exhaustivité ce qui permet une analyse plus objective des arguments de chaque partie. La question centrale reste la difficulté d’évaluation du bien-être animal, avec une large place accordé à l’animal d’élevage. Les auteurs abordent l’analyse en faisant lieu des diverses approches permettant de situer l’espèce animale par rapport à l’espèce humaine : approche biologique, puis philosophique, métaphysique, par le prisme des sciences humaines et sociales et enfin, approche juridique. Cela dans une volonté de recentrer le débat et la problématique sur la question essentielle liée à notre contexte : quelle est « la manière de se comporter pratiquement et dans le respect de la pluralité morale avec les animaux » (p.7). Cette note de lecture revient sur les éléments liés à la question de l’élevage.

 

« La réponse minimale obligatoire »

Le point de vue des auteurs est de donner un premier « palier » à atteindre qui aidera à réellement faire avancer ce débat. Ils l’appellent « la réponse minimale obligatoire ». Dans un premier temps, il faut reconnecter le consommateur avec son produit, « en apportant une information objective sur la réalité de l’élevage », le phénomène de distanciation avec notre alimentation étant très marqué dans notre mode de vie. Ensuite, il faut « accepter de reconnaître que certaines pratiques sont contestables et mériteraient d’être corrigées », et se rappeler les bouleversements qu’a connus l’élevage depuis une cinquantaine d’années. À ce titre, l’ouvrage propose une contextualisation historique intéressante, mettant en avant le fait que les éleveurs ont été « dépossédés de leur pouvoir décisionnel » (p.17). Enfin cela ne sera réalisable qu’ « en mettant en œuvre les corrections reconnues souhaitables dans la pratique de l’élevage ». Ce « palier » témoigne de l’exhaustivité des auteurs et montre comment ils répartissent, en fonction des acteurs, les efforts à fournir (p.57). Selon eux, la solution réside dans la capacité de ces derniers à se réunir et à mettre à plat leurs arguments et leur vision afin de définir, ensemble, ce qui se rapprochera le plus de la « juste mesure ». La seule exigence pour trouver des pistes de réponse éthique est la prise en compte des éleveurs, mais aussi des consommateurs et surtout, des animaux.

Mais qu’est-ce que la « bientraitance »

L’évaluation concrète du bien-être animal est complexe. Il faudrait permettre aux animaux d’exprimer leur comportement naturel, ce qui est paradoxal avec la pratique de l’élevage. En effet, nous ne pouvons traduire ni mesurer ce qu’ils ressentent réellement, nous appliquons donc notre propre représentation de ce bien-être à travers ce que les auteurs nomment la « bientraitance ». Seulement, cette dernière est constituée de modalités évolutives. En effet, elle n’est que la somme des représentations de chaque opinion, redéfinie sans cesse car elle évolue au rythme de la société, en fonction de ses changements, les auteurs nous le rappellent bien. Car si ce débat est tellement présent dans l’actualité c’est, d’une part du fait de l‘augmentation rapide de certains modèles d’exploitations (p.74), dont on constate depuis peu les externalités négatives en France mais surtout dans le monde, et d’autre part du fait de la forte médiatisation qui l’accompagne. Rappelons récemment certains médias qui n’ont pas hésité pas à faire passer des vidéos « hors normes » comme étant filmées sur notre territoire, alors qu’elles étaient issues de pays étrangers, ce qui n’a pas manqué d’alimenter le débat international. Mais cela nous rappelle à quel point le positionnement éthique face à cette problématique est déterminé en partie par notre « culture de référence ». Chaque point de vue y est exprimé, mais toujours en prenant du recul et en incluant les autres perceptions afin de définir, ensemble, notre propre éthique.

« Plaidoyer de l’élevage »

Un accent est mis sur les éleveurs qui sont, selon les auteurs, les mieux placés pour prendre place autour de ce débat. Ils vivent au quotidien ce qui, pour certains, ne reste que des mots. Malheureusement, ils sont longtemps restés éloignés du débat par crainte de s’exprimer sur leur métier, ressentant de fortes pressions, relatives aux crises alimentaires ou sanitaires successives et à leur forte médiatisation, mais également aux campagnes des défenseurs des animaux. De plus, les auteurs rappellent l’évolution des désirs du consommateur, l’augmentation des exigences qualitatives, sanitaires, économiques et environnementales, mais aussi celles de la grande distribution, avec un cahier des charges de plus en plus poussé notamment au niveau de la sécurité alimentaire et aujourd’hui, du bien-être animal, ce qui n’allège pas la coupe. Sur cette question précise de l’élevage, l’ouvrage prend parfois des accents de plaidoyer, notamment lors d’un passage où les auteurs prennent les « assertions » contre l’élevage les plus courantes dans les discours, telles que « l’élevage gaspille l’eau », « l’élevage, surtout industriel, pollue » ou encore « l’élevage affame la planète », et donnent « leur réalité des faits » (p.35-38). Dommage que les sources fassent alors défaut, permettant au lecteur de corroborer ou non ces arguments. Comme l’ensemble de l’ouvrage, cette partie demande de prendre du recul sur la réalité contextuelle de cette profession afin d’apaiser les propos et de permettre aux plus concernés de rejoindre le débat, ce qui permettra peut-être de trouver l’équilibre entre ce que veut la norme, et ce qui se passe en pratique.

En conclusion, cet ouvrage mérite attention car il fait l’effort de déconstruire plusieurs objets, notamment l’éthique, la relation homme/animal ou l’élevage. Il appuie cependant la légitimité de l’élevage sans trop le remettre en question, à travers les besoins alimentaires humains et le rôle de ce dernier au regard socio-économique et invite, fort de cette notion, à débattre. Il rappelle même que le bien-être animal est vecteur de qualité et donc, un avantage économique pour les éleveurs. De nombreuses annexes pertinentes viennent assaisonner le tout, d’une analyse de l’œuvre de Descartes au gavage des palmipèdes sans oublier divers points de vue d’académiciens concluant l’ouvrage, invitant encore une fois à construire une réflexion et à prendre du recul. Cet ouvrage ne définit pas LA juste mesure, la réponse éthique à cette problématique, d’ailleurs existe-t-elle ? Au contraire, il donne assez d’éléments à chacun pour trouver SA juste mesure, en fonction de sa sensibilité propre mais surtout au regard de chaque point de vue.

Note de lecture par Romain Marcuz, stagiaire à la Mission Agrobiosciences. (10.06.2016)


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